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8-15 Septembre 2019 : Tor des Géants, pour de bon !

Published by Dominique G. (FRA 074) in the blog Dominique G. (FRA 074). Views: 334

Course arrêtée en 2015, abandon sur blessure en 2016, les 2 fois à Gressoney, je croyais ne jamais voir la deuxième partie de ce merveilleux tour du val d'Aoste. En 2017, une nouvelle course fait son apparition : le Tot Dret, de Gressoney à Courmayeur, juste ce qu'il me manque ! Je fais donc le reste du parcours, mais il me restait à faire le tour d'une traite. C'est chose faite.

C'est une course qui se prépare.
Je n'avais pas prévu cette énorme épreuve à mon programme pour cette année, mais au moment des inscriptions, ils annoncent que les finishers des Tot-Dret 2017 et 2018 sont dispensés de tirage au sort ! J'étais inscrit à la Magnus Race (un nouvel ultra à vélo à travers l'arc alpin), mais je me désiste pour profiter de l'admission prioritaire au TOR. Il faut donc se préparer, et ça ne sera pas facile : ma blessure aux ischios qui traîne depuis l'an dernier m'oblige à y aller mollo. Il ne faut pas se mentir : préparer le Tor coûte cher en pognon et en temps. Déjà il faut aligner 750 roros pour l'inscription, et racheter plein de matos : sac à dos, chaussures, chaussettes, etc... Une bonne partie du temps libre de l'été est consacré aux entraînements et aux sorties montagne.

Finalement je suis prêt en ce début septembre, et me voici à Courmayeur la veille du départ pour la Pasta Party, avec le grand show habituel. Le départ est maintenant le dimanche à midi, et nous sommes 950 sur la ligne de départ : il faut ajouter aux 800 tirés au sort les wild cards, les dossards solidaires et environnementaux.

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Une météo idéale.
Au départ, les prévisions laissaient prévoir une amélioration, mais les premiers jours promettaient du grand froid et de la neige. Et effectivement, nous passons le premier col (col d'Arp), sous la neige et dans le froid. Ce temps frisquet, toutefois très supportable, nous accompagnera les 2 premiers jours. Ça n'est pas plus mal car les 2 premières portions comportent 6 cols approchant ou dépassant les 3000 m, et on est frais donc on avance vite. Le froid nous évite la surchauffe.

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Passé la deuxième base-vie, le temps deviendra plus clément, voir même carrément très beau et chaud en fin de semaine. Et surtout, nous aurons droit à la pleine lune ! Avec le ciel dégagé et l'altitude, c'est carrément merveilleux ... Il m'arrivera à de nombreuses reprises d'éteindre ma frontale, et d'avancer en pleine nuit à la lueur de la lune, qui éclaire le sentier comme en plein jour, mais avec cette lumière si particulière de la pleine lune. Magique !

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Un parcours inégalable.
J'aime la vallée d'Aoste. Comme sa sœur suisse du Valais, c'est un écrin de nature cerné par de hautes montagnes parmi les plus belles. Le nom de "Tor des Géants" fait référence aux "Géants des Alpes" de plus de 4000m, qui entourent le val d'Aoste : Mont-Blanc, Grand Paradis, Mont Rose, Cervin ... Rien que ça !

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Le tour emprunte principalement les Hautes Routes 1 et 2, qui longent les crêtes de ces montagnes en franchissant 25 cols à plus de 2000 m, parfois plus de 3000.
Le terrain est très varié, avec de beaux sentiers agréables, mais aussi des parties très "rugueuses", empierrées et parfois acrobatiques, avec des portions équipées de cordes car dangereuses. Les descentes surtout sont redoutables, très raides parfois, et toujours très longues.

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Les bases vies sont des aires de repos séparant les 7 portions du parcours. La première partie, de Courmayeur à Valgrisenche, comporte 3 grands cols, ainsi que la deuxième, de Valgrisenche à Cogne. Entre Cogne et Donnas, un seul grand col, mais une longue descente de 2500m de dénivelé négatif. Vient ensuite la portion la plus éprouvante entre Donnas et Gressoney-Saint-Jean. Longue mais surtout très technique avec de nombreuses difficultés à enchainer après 3 jours de crapahute avec pas ou peu de sommeil. A Gressoney, on a dépassé la mi-course, et s'il reste encore 130 kms à parcourir, les grosses difficultés sont derrière. A partir de là, c'est plutôt la fatigue et la douleur qu'il faut maitriser, sur cette Alta Via 1 qui nous ramènera à Courmayeur. Valtournenche est atteint après 2 gros cols et les longues descentes qui suivent. L'avant-dernière portion, entre Valtournenche et Ollomont, est très longue, avec une descente interminable vers Oyace. Passé Ollomont, comme on dit, ça sent l'écurie : la prochaine étape est l'arrivée à Courmayeur. Après Bosses, c'est la montée vers le mythique col de Malatra, à 2900m, le dernier avant le retour du point de départ.

Manger, boire et dormir.
Sur un tel format, qui pour la plupart des concurrents nécessite 5 à 7 jours de course non-stop, il faut bien-sûr recharger ses batteries en permanence. Au début, on est en pleine forme et on enchaîne les difficultés sans problème, en courant dès que le relief s'adoucit. Puis au fur et à mesure, la fatigue et les bobos plus ou moins importants nous font ralentir, et beaucoup finissent dans un état d'épuisement total, et perclus de douleur.

Pour se requinquer, en plus des 6 bases vie, il y a de nombreux ravitaillements ou l'on trouve largement de quoi satisfaire nos appétits pantagruéliques : charcuterie, fromage, soupes et pâtes, fruits secs et parfois frais, gâteaux, chocolat... Côté boissons, bien sûr Coca, eau pétillante ou plate, boisson énergétique, thé, café. Pour ma part, c'est beaucoup, beaucoup de soupe, de Coca et de café.

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Personnellement, je ne dors pas durant les premières 24 heures. Même à la base vie de Cogne, après plus de 32 heures de course, impossible de m'endormir. Trop de bruit et pas assez de fatigue. Par contre, je mange beaucoup, et n'hésite pas à faire un vrai "gueuleton" dans les bases vie, ou l'on trouve de tout : viandes, légumes, patates, yaourts, fruits, etc... Et même du vin rouge ! Dès notre arrivée dans une base vie, on récupère le sac d'allègement qui nous suit, et dans lequel on a tout ce qu'on a préparé pour se changer, se soigner, s'équiper, recharger nos frontales, téléphones, GPS ...

Ma deuxième action est d'aller chercher une bière, disponible à la pression dans toutes les bases, et ensuite seulement me doucher (ou pas), me changer (tout ou partie), manger, et éventuellement dormir 1 heure maximum. Pour le sommeil, je préfère les refuges, ou on peut s'arrêter jusqu'à 2 heures. On y est installés dans de vrais lits, dans des dortoirs, beaucoup plus au calme que sur les lits de camps dans les immenses salles de repos des bases vie. En tout, j'ai dû dormir une douzaine d'heure pendant cette semaine.

C'est sur ce genre d'épreuve qu'on comprend ou est l'essentiel dans la vie : manger, boire et dormir. Tout le reste est du superflu ...

Composer avec la douleur.
J'imagine qu'aucun concurrent n'effectue ce périple sans souffrir : nos corps ne sont pas adaptés pour subir un tel traitement, sur une durée aussi longue. Après 3 ou 4 jours, les bases-vie ressemblent un peu à une cour des miracles. On y voit chacun soigner ses pieds pour essayer de tenir jusqu'au bout. Sur le parcours, beaucoup souffrent à chaque pas. Je reverrai toujours ce concurrent kenyan, qui semblait endurer le martyr à chaque pas dès Champoluc, que je reverrai à plusieurs reprises, toujours en souffrance, et qui sera malgré tout finisher !
J'ai commencé à ressentir une gêne au pied droit dans la fin de la descente vers Donnas, que j'ai identifié comme un début de tendinite du releveur. Je sais que cette blessure est une cause majeure d'abandon sur ce genre d'ultra. J'ai donc consulté le service médical, et une kiné m'a posé un strapping et appliqué de la glace. J'ai renouvelé ce strapping à Gressoney, et je l'ai gardé jusqu'à Ollomont. Il a fait son office, et la tendinite a été contenue.

Cette fois, je n'ai déploré aucun problème musculaire ou dans le dos. Juste les pieds très endoloris, comme presque tous les concurrents. Après 200 km dans ces chemins très difficiles, avec les descentes infernales et le gros sac à dos, c'est inéluctable. Mais j'ai pu courir jusqu'au bout, malgré une hypersensibilité et quelques ampoules, heureusement contenues par mes protections par k-tape. Ma jambe droite concentre plusieurs problèmes : arthrose sévère au genou, et syndrome du tunnel tarsien. Avec le problème de releveur par là-dessus, toutes ces douleurs se superposent et se mélangent, mais restent finalement supportables grâce aux endorphines.
A l'arrivée, mon pied droit restera enflé quelques jours.

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Les bons moments font oublier les souffrances. Quel bonheur d'arriver en pleine nuit dans un refuge ou on peut manger et dormir, après des heures passées dans les pierriers ou les descentes ! On se croit au bout du rouleau, et en quelques minutes, après une bonne soupe et quelques discussions, on se retrouve gonflé à bloc.

Un exemple de situation qui à lui seul justifie toutes ces misères : Entre Maggia et Cuney, en pleine nuit, seul dans la montagne, j'éteins la frontale pour profiter de la pleine lune, c'est le bonheur total. D'un coup, sur ma droite, je vois des lumières dévaler d'une haute montagne très verticale, comme une descente aux flambeaux. Je me demande si ça n'est pas des hallucinations, puis je pense que c'est les concurrents qui me suivent qui descendent de la fenêtre de Tzan. Mais ça n'est pas le bon côté. En fait, je réalise qu'il s'agit des coureurs du Tor des Glaciers, qui empruntent d'autres cols encore plus difficiles. Et je vois de l'autre côté une autre farandole de frontales, celles de mes poursuivants qui descendent vers Maggia. Seul, en pleine nuit, à plus de 2500m en pleine montagne, j'ai droit au plus féérique des spectacles, avec ces 2 descentes aux flambeaux simultanées ! Toutes les douleurs du monde sont effacées par un tel spectacle.

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Le Tor victime de son succès ?
Toutes les courses qui rencontrent un grand succès présentent les mêmes dérives : augmentation des prix, prestations moins généreuses, trop de monde. Le TOR semblait échapper à cette logique, jusqu'à mes dernières participations. Mais il faut bien constater que le prix augmente constamment : 500€ en 2015, 750 cette année (1000 pour le Tor des Glaciers). De même que le nombre de concurrents, de 600, on passe à 950 cette année. Après le Tot Dret, nouvelle course crée en 2017, 2 nouvelles épreuves se rajoutent cette année : le Tor des Glaciers (Super-Tor de 450 km réservé aux cadors), et le Passage de Malatra (30 derniers km du TOR), de quoi perturber les concurrents qui arrivent épuisés après plus de 6 jours de course...

Si le niveau des ravitaillements reste très bon, il me semble que c'est un peu moins fourni : j'ai remarqué des manques dans l'approvisionnement pour certains : plus d'eau pétillante, pas de pain, plus de plats avec de la viande, etc.
Dès la Pasta Party d'avant course le samedi soir, j'ai remarqué que les bières présentes sur les tables auparavant n'étaient plus là, de même que le dessert. A l'arrivée, on avait autrefois un bon permettant d'aller prendre un repas complet dans le restaurant du Forum Center. C'est maintenant une sorte de ravitaillement d'arrivée avec semble-t-il les restes de la course.

Même l'esprit semble un peu moins amical. On a moins l'impression d'une grande famille, que l'organisation toute entière est là pour permettre à tous d'aller le plus loin possible. Voici un exemple qui suggère un changement d'état d'esprit : Au refuge de Champillon, je retrouve mon ami Jérôme qui était sur le Tor des Glaciers. Il est en compagnie de 2 autres concurrents, dont un était avec moi sur la Transpyrénéa en 2016. Je suis ravi de le retrouver et les félicite d'être là, proche de l'arrivée, après ces 7 jours de course très dure. Ils sont tristes, et très en colère : on vient de les arrêter pour une heure de retard sur une barrière horaire ! Pour cette première édition, les temps avaient été très mal estimés, et ils ont eu parfois 20 ou 30 heures de retard sur les estimations (y compris les premiers). Ils ont cavalé comme des fous pour arriver quand-même dans les temps, et ils étaient maintenant largement assurés de finir avant les 190 heures prévues. Mais rien à faire, la directrice de course ne veut rien entendre et les arrête là, juste avant l'arrivée, après ce parcours exceptionnel. Dégoutés, ils quittent la course avec l'impression d'être mis à la porte. C'est moche ! J'en ai parlé avec des commissaires de course, avec Luca Papi qui a remporté l'épreuve, et d'autres bénévoles, tout le monde est d'accord, c'est moche !

Donc je retournerai peut-être sur le Tor, mais ça n'est pas certain.

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